Dans la description des Techniques Constructives, il convient de distinguer :
Les Massifs : qui enveloppent l'habitacle et assurent la stabilité des voûtes. Ils restent la seule trace de la cabane
quand la voûte est effondrée.
Les Voûtes : Qui couvrent l'espace intérieur des baraques et finissent souvent en tas de pierres.
Au départ il y a les caillous et l'argile issus de la décomposition du calcaire des plateaux.
Et, pour paraphraser un vieux slogan
"Sous les cailloux, l'argile"
La mise en valeur agricole de ces plateaux a nécessité l'épierrement de ceux-ci et a été réalisée au moyen d'enclos délimités par des murs qui servaient à :
Le mode de construction des cabanes découle directement de celui des murs d'enclos. La cabane n'étant qu'une cavité pratiquée dans le mur, une sorte d'invagination du parement de celui-ci.
Quatre techniques constructives sont utilisées :
Le centre de la salle est couvert par un ou plusieurs arcs, six dans le cas de la cabane F2-14 à Opoul, les deux espaces résiduels sont couverts par un ou deux petits culs de four qui sont réalisés soit par clavement soit par encorbellement.
Couverture par un seul arc et deux grands culs de four en encorbellement de part et d'autre.
Couverture par trois arcs et deux petits culs de four en encorbellement de part et d'autre.
Couverture par six arcs et un cul de four clavé à l'arrière de la salle.
Dans le cas des voûtes à plusieurs arcs, ceux-ci sont le plus souvent jointifs comme dans les cabanes F6-10 ou F2-14 ci-dessus.
Mais il arrive aussi que les arcs soient espacés, les intervalles entre ceux-ci étant remplis par un blocage comme dans la cabane F6-29
à Fitou, ci-contre.
Comparée à l'encorbellement, la technique de la voûte sur arcs présentent plusieurs inconvénients :
Cabane D5-10 ►
Cabane D7-3 ►
La technique de l'Arc Central peut être considérée comme la technique de Fitou. Elle y est présente dans 81 des 216 cabanes voûtées, dont 70 cabanes intactes sur 108 (65% des cabanes intactes) et on peut l'identifier encore dans 11 cabanes ruinées, comme par exemple les cabanes D5-10 et D7-3, ci-dessus.
Cette technique essaime également dans trois des communes limitrophes de Fitou, on en trouve :
On note, sur la carte de répartition ci-dessous, que la proximité géographique n'est pas un facteur déterminant dans la diffusion de la voûte à arcs autour de Fitou, car le semis d'ouvrages semble assez aléatoire et les trois cabanes à voûte à arcs les plus à l'Ouest, les cabanes G1-6 et H1-19 à Opoul, ainsi que la cabane I1-2 à Salses, se trouvent à plus de cinq kilomètres, à vol d'oiseau, de la limite communale de Fitou.
Par contre on ne trouve aucun exemple de cette technique à Caves, à Feuilla et à Leucate.
La technique de l'encorbellement, voûte primitive qui a précédé la voûte clavée, est celle qui est généralement utilisé dans la construction en pierres sèches.
Ces deux voûtes sont parfaitement appareillées avec des dallettes de dimensions assez régulières.
Dans la cabane F6-5 les lits de pose sont horizontaux jusqu'au sommet.
Dans la cabane E2-2 les lits de pose paraissent clavés au sommet.
Ces deux voûtes sont parfaitement appareillées avec de petits moellons de dimensions décroissantes vers le sommet. Dans la cabane E6-24 une dalle circulaire fait office de clef de voûte.
Ces voûtes paraissent avoir été réalisées par des constructeurs moins expérimentés que ceux des exemples précédents.
Bien que ces oeuvres maladroites soient debout depuis plus de 150 ans, elles donnent une impression inquiétante de chaos et d'instabilité. Certaines comme la F3-3 à Opoul et G6-1 à Salses, semblent condamnées à courte échéance.
Cette technique n'est représentée que dans la commune de Treilles, par les deux cabanes C5-4 et C5-5, distantes de 600 mètres l'une de l'autre dans le secteur de Lauzinet.
La cabane C5-4 est particulièrement spectaculaire par sa voûte de 2,60 mètres de diamètre, presque horizontale, parfaitement appareillée en cercles concentriques de dallettes et équilibrée par des parois de plus de 2 mètres d'épaisseur.
La réalisation de ce type de voûte dont les claveaux centraux sont presque verticaux a dû nécessiter l'usage de cintres ou peut-être d'une forme en terre déblayée à la fin de l'ouvrage.
Dans les cabanes de type "Guérite" comme la F6-26 à Fitou ou de faible largeur comme la G4-1 à Salses, l'encorbellement n'est pas nécessaire. La couverture se réalise au moyen d'une ou de plusieurs grandes dalles franchissant la portée.
Le choix entre les deux techniques de voûtement ne paraît pas déterminé par les caractéristiques du matériau disponible. On peut le constater sur les photos, à l'exception de quelques secteurs où affleurent des bancs particuliers, c'est, dans les trois communes, le même calcaire dur gris pâle qui est utilisé.
Peut-être existaient-ils plusieurs maçons spécialisés ou paysans batîsseurs de pierres sèches qui, comme nos maçons contemporains, proposaient à leurs clients le savoir-faire qu'ils maitrîsaient?
S'agissant de savoir-faire, on peut d'ailleurs constater des différences notables de maîtrise de celui-ci.
Les toitures sont comme saupoudrées d'un cailloutis calcaire.
Et sous ce cailloutis calcaire une couche d'argile constitue un semblant d'étanchéité.
Le cailloutis calcaire est parfois doublé par des dalles. Cependant, en raison de leur mise en place alléatoire, celles ci ne peuvent empêcher efficacement l'infiltration des eaux de pluie.
Dans cette voûte sur arc central, les joints des claveaux de l'arc, qui convergent vers le centre de celui-ci, affleurent le cailloutis du toit et constituent pour les eaux d'infiltration un chemin direct vers l'intérieur.
Dans le cas de ce vestige de voûte en encorbellement, les dalles sont inclinées vers le centre de la baraque au lieu d'être inclinées vers l'extérieur. Là encore les eaux de pluie devaient s'infiltrer vers l'intérieur.
Le sol de cette baraque comme celui de beaucoup d'autres, est constellé de marques de gouttes d'eau, témoignages des infiltrations.
Moralité, on a l'impression que l'étanchéité de ces édifices n'était pas une préoccupation majeure, ni pour leurs constructeurs, ni pour leurs utilisateurs.
Différents signaux sont utilisés pour marquer symboliquement le faîtage des cabanes.
À Salses, on observe cinq cabanes isolées, les G4-2, H4-1, I1-1, I3-7, et J2-1 dont la structure n'obéit pas au schéma décrit dans les lignes précédentes.
Ces cabanes ne s'inscrivent pas dans des massifs parallèlipipédiques, elles ont une forme cylindrique, voire conique comme dans le cas de la J2-1. On y observe parfois un gradin,comme dans le cas de la I1-1.
À en juger par les vestiges, les voûtes devaient être du type en encorbellement. Les murs, constitués de blocs assez longs, souvent traversants ont une structure apparemment plus homogène que ceux du modèle "fitounenc". Ce qui n'a malheureusement pas préservé ces cabanes de la ruine...
On peut, non sans raison, admirer les prouesses de ces constructeurs de pierres sèches qui ont été capables d'édifier ces cabanes avec un matériau aussi peu malléable que le calcaire des Corbières.
Cependant force est de reconnaître que comparé à celui d'autres régions de France ou d'Europe, le patrimoine de pierres sèches des Corbières présente un aspect un peu fruste tant dans les techniques utilisées que dans les détails constructifs.
À gauche cabanon pointu à Reillanne, Alpes-de-Haute-Provence. Photo de Jean Lafitte
À droite, groupe de cabanes à Saint-André-d’Allas en Dordogne.
Photo de Dominique Repérant
( Ces deux photos sont empruntées au site pierreseche.com )
Mise à jour : 02/12/2017